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Astria
La brise arrachait aux arbres les derniers murmures d'un vent d'été.
Au-delà de l'océan, les villageois s'activaient. Le blé était récolté, pour le mettre à sécher et le moudre plus tard. La vie grouillait, et les hommes laissaient leur trace sur une terre qui récoltera plus tard leur poussière, comme on récolte le blé. Plus loin, les artisans continuaient de manufacturer les armures des braves, les vêtements les politiques et les outils des travailleurs. Les murmures qui s’éparpillaient au gré du vent ne perturbaient personne, et la vie s’activait, comme si rien ne pouvait y changer quoi que ce soit. Les toits colorés des maisons s’étalaient au-dessus des rues, et les enfants cherchaient avidement cette ombre offerte. Ils jouaient, sans contrainte ni arrière-pensée. Bientôt, ils deviendront de grands garçons, et la vie ne leur sera plus aussi clémente.
Les quelques arbres encore debout lui rappelaient que la vie pouvait faire face à tout problème dans cette immensité vide qu'était l'existence. Il avait détruit tant de choses au cours de la sienne, mais il n'avait encore jamais autant regretté qu'aujourd’hui. Il savait qu’un peu plus loin, au large, la paix régnait. Il savait que les hommes, cruels et sans pitié, arrivaient à contrôler leurs envies. Il avait suivi son instinct. Un faux bond, et tout ce qu’il avait entrepris de faire de sa vie s’effondrait. Bien sûr, il avait eu l’espoir que ça ne se finirait pas comme ça.
La guerre faisait déjà rage depuis longtemps déjà. Il avait suffi d’un mot, d’un geste, pour que la ville soit impliquée. Elle était si belle.
Elle n’existait plus. Ils l’avaient détruite. Leurs conflits, leurs idéaux, tout cela ne valait pas sa mort. Les briques arrachées aux maisons gisaient dans les rues, bloquant la progression du flot humain qui tentait désespérément de faire revivre la cité. Les foyers éventrés gisaient de part et d’autre des ruelles délabrées de la cité, tel des cadavres oubliés. Les vainqueurs poursuivaient chaque perdant, mais tout le monde avait oublié qui était l’ennemi. Et tandis que chacun combattait quelqu’un qui autrefois était un allié, les profiteurs pillaient les morts et les demeures. Ceux qui étaient attrapés finissaient pendus, écartelés ou décapités.
Dans cette danse macabre, chaque danseur savait cruellement bien ce qu’il faisait. Et malgré l’empathie que l’on pouvait ressentir à éviscérer un homme, sentir sa souffrance et entendre ses gémissements, les anciens petits garçons trouvaient à présent leur plaisir dans l’acte violent de mort.
Le petit village était devenu pourtant rapidement silencieux. Les villageois morts sur le bord des ruelles ensanglantées, les débris entourés de quelques maisonnettes encore debout, tous les décors du lieu semblaient irréels. La terre buvait avidement le sang des victimes, lavant les meurtrissures qu’elle avait subit depuis si longtemps dans le liquide pourpre. Cette même terre qui avait mis au monde chacun des enfants qui l’avait détruite se nourrissait à présent de la souffrance de ses protégés. Les fils étaient pendus sur la petite place exiguë. Les filles gisaient dans la rue, jetée après avoir été utilisée. Quelques têtes empilées formaient une haie d’honneur au souverain désormais décédé qui trônait au centre du village. La sauvagerie de l’homme n’avait de limite, avait dit certains. Ils n’avaient jamais eu tant raison…
Electre était un roitelet sympathique dont la priorité semblait être ses sujets. Jamais on ne s’était plaint d’abus de la part de l’homme. Il chassait avec ses sujets, buvait avec ses sujets, et ne s’amusait pas à leur dépend. Aussi, lorsque la guerre noire avait commencé, il avait tenté de les protéger. L’arme au poing, il s’était courageusement dressé contre les assoiffés de sang qui s’étaient attaqué au village. Il n’avait jamais été grand guerrier, cette qualité n’étant pas nécessaire pour un roi de cette importance. De toute manière, personne ne venait jamais sur leur île. Tout du moins jusqu’à ce jour. Il s’était battu de toutes ses forces pour protéger le plus de personnes, pour permettre aux plus chanceux de fuir. Il s’était battu pour que sa femme puisse vivre.
Au centre de la place, le souverain était encore sur son trône. Dans sa main, on pouvait encore voir l’épée en acier teinté de sang carbonisé. L’armure d’acier polie avait désormais une teinte sombre. Sa peau noircie témoignait du sort qui lui avait été réservé. Il avait brulé sur son trône, pendant que le massacre battait son plein. La bouche ouverte, le souverain hurlait encore silencieusement, priant pour que certains survivent. Sa tête encore couronnée, comme pour se moquer du sort du pauvre homme. L’homme priant pour que son amour survive. Son appel muet s’entendait encore dans toute la vallée.
Electra contemplait à présent sa nouvelle cité. Les murs épais élevés par la nouvelle reine témoignaient d’une terrible expérience. La cité avait changé de place et, par temps clair, on pouvait apercevoir un toit brulé toujours debout à l’autre bout de l’île. Son île venait des cieux, et pourtant leur destin avait été terrible. Les blessures infligées au petit peuple n’avaient pas cicatrisées. Les yeux de la pauvre reine reflétaient encore la terreur vécue. Les vents portaient encore les hurlements des enfants poursuivis à travers les ruelles. Ils portaient les cris du roi brulé devant son peuple en fuite. Les gémissements, tels des murmures, traversait l’île pour entourer la nouvelle cité. Les habitants n’oublieraient jamais l’horreur de la guerre.
Les enfants jouaient dans les rues, se poursuivant avec des épées en bois et des petits boucliers faits avec des couvercles de casseroles.
Au dehors, la brise arrachait aux arbres les derniers murmures d'un vent d'été.
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